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    Malek Chebel  est un anthropologue des religions et philosophe algérien né en 1953 à Skikda. Il a étudié en Algérie, puis en France à Paris. Il a enseigné dans de nombreuses universités à travers le monde. Essayiste, auteur d’ouvrages spécialisés sur le monde arabe et l’islam et créateur de l’expression « l’islam des Lumières » (2004), Malek Chebel tient des conférences dans de nombreux pays européens et africains, et travaille à une vaste enquête sur l’islam européen. Il est connu pour sa réflexion sur l’islam, sa culture, son histoire, sa vie intellectuelle, son érotisme.

    Il est également connu pour ses prises de position publiques en faveur d’un islam libéral . Né en 1953 à Skikda en Algérie, Malek Chebel fait ses études primaires et secondaires puis obtient son baccalauréat philosophie et lettres arabes. Il entre en 1977 à l’Université Aïn El-Bey de Constantine. En 1982, Malek Chebel obtient son doctorat d’anthropologie, d’ethnologie et de science des religions à Jussieu, et en 1984 son doctorat de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Paris. En 1995, il est habilité à la direction de recherche à la Sorbonne.

    Il a exercé et donné des conférences en Europe, dans le monde arabe et aux Amériques : dans des universités en France (la Sorbonne, Paris IV), au Maroc, Université de Marrakech, en Tunisie, dans plusieurs établissements supérieurs égyptiens, aux États-Unis, à Berkeley et Stanford, à San Francisco, à l’UCLA de Los Angeles, à la CUNY à New York, Rockefeller University à Chicago, en Belgique l’ULB à Bruxelles…

    Biographie

    Malek Chebel a fait partie du Groupe des Sages qui, auprès de Romano Prodi, président de la Commission européenne, réfléchissait aux implications culturelles induites par l’Europe, notamment dans ses rapports avec la rive sud de la Méditerranée, à l’origine de l’élaboration de la première charge euro-méditerranéenne. Il s’intéresse désormais particulièrement aux travaux de l’Union pour la Méditerranée (UPM).

    Pensée

    L’Å“uvre prolifique de Malek Chebel, nourrie de son triple bagage d’historien, de psychanalyste et d’anthropologue est principalement consacrée à la défense de la liberté sous toutes ses formes, liberté politique, liberté de pensée, de vivre et d’aimer, et de sa place dans l’islam et la culture musulmane. Déclinée comme objet de perception, de construction, de pratique, la liberté guide la réflexion de Malek Chebel pour travailler sur le corps, le désir, l’amour, les relations entre les sexes, mais aussi la tolérance, l’engagement politique, le don.

    Il a rédigé plusieurs préfaces, dont celle du Coran traduit par Edouard Montet (Editions Payot). Cette préface est consacrée à la nouvelle méthodologie d’interprétation du Coran. Malek Chebel a pris des positions fortes pour prôner ce qu’il considère être un islam moderne. Qu’il s’agisse du voile qui est d’après lui un sujet « secondaire », – ce qui ne l’empêche pas de qualifier cette revendication comme une « régression » -, qu’il s’agisse encore du besoin de traiter les problèmes entre les hommes par les hommes eux-mêmes, et non par le recours à la religion, au nom de Dieu, ou en invoquant le nom de Dieu.

    Islam et Occident

    Son ouvrage, Islam et libre-arbitre a pour objet de comprendre l’islam dans sa relation à l’Occident. Comprendre les manières de penser, de vivre, la sensibilité de l’autre, pour dépasser la haine. Laisser une place à l’autre. Il s’agit aussi d’une interrogation sur la place de la liberté en islam et d’un plaidoyer pour une relecture de l’islam et de ses traditions.

    Malek Chebel écrit aussi pour réhabiliter l’islam. En Occident, les musulmans peuvent susciter haine et suspicion mais surtout de l’incompréhension. Malek Chebel, en expert de l’islam, pense que si l’islam est au cÅ“ur des débats du siècle, il est d’abord important de le comprendre et de le connaître. Selon son analyse, les musulmans souffrent de cette image négative de leur religion.

    « La plupart des musulmans sont pris en tenaille entre un groupuscule de musulmans violents, qui veulent islamiser le monde, et la grande majorité des Occidentaux qui ne comprennent rien à l’islam ».

    Il rappelle que l’islam est pluriel, et qu’il est aussi vivant. Il rappelle que dans le passé, l’islam a été novateur dans bien des aspects de la vie. Il analyse avec une grille de sociologue l’évolution et les mutations des mentalités au sein du monde musulman. Malek Chebel défend l’idée qu’à travers les siècles, il y a eu de grandes périodes de paix, de créativité et de bonheur :

    « C’est au nom de ces siècles-là que je travaille, au nom d’un grand nombre de savants, de littérateurs, de grammairiens, de juristes, de médecins et de califes ou sultans dilettantes que je m’exprime, en étant avec d’autres, le dépositaire de cet héritage ».

    Il dénonce le manichéisme des fondamentalistes, car d’après lui, les islamistes intégristes ramènent la pensée de l’islam au VIIe siècle. Ils veulent faire oublier et effacer l’apport musulman dans le domaine philosophique, ainsi que toutes les réformes et mutations que la religion a connues, au gré de l’histoire et sous l’effet des événements.

    Malek Chebel pense que ceux-ci s’accrochent de manière rigide et autoritaire au Coran et aux théologiens fondamentalistes pour donner du Coran une lecture complètement anachronique. Leur conception se limite à une vision dualiste et dogmatique de la vie où tout est catégorisé en termes de pur et d’impur. Malek Chebel refuse ce manichéisme ; selon lui c’est à un détournement de l’islam, de sa culture et de sa tradition, auquel on assiste à l’échelle planétaire, qui est désastreux pour le monde musulman, totalement régressif et même destructeur car il représente un enfermement dangereux, qui entretient de plus, l’incompréhension de l’Occident à son égard et l’inimitié.

    Tout à l’opposé de cette ligne intégriste de la défense de la pureté, Malek Chebel plaide pour un « islam des Lumières », notion qui donne son titre à un de ses derniers ouvrages. L’islam dont il parle, c’est celui du partage :

    « Celui qui amène au monde l’algèbre, l’arithmétique, la parfumerie, une gastronomie brillante, une musique, une maison de la sagesse et qui s’occupe de cosmologie, fondé sur la raison, sur les connaissances et le travail, sur l’échange et le respect d’autrui. J’ai essayé de montrer que l’islam est plus humain qu’on ne le pense, il est plus accessible, plus proche de nous, il parle au cÅ“ur, à l’émotion et n’est pas là pour semer la terreur »

    Ce manifeste pour un islam des Lumières se présente ainsi :

    Associer l’islam aux Lumières : cette relation est inscrite dans la dynamique amorcée au XIXe siècle et poursuivie par les nombreux réformistes qui ont voulu changer le visage de cette religion en s’appuyant sur le travail de la raison. Ces penseurs ont été taxés d’hérésie. Aujourd’hui, le débat est plus que jamais d’actualité : l’islam est-il compatible avec la République ? Quelle est la place et le statut de la parole libre, de la laïcité, de l’égalité des sexes, de la tolérance ou de la démocratie ? Faut-il adapter l’islam à la modernité ou au contraire adapter la modernité à l’islam, ainsi que le prétendent les fondamentalistes ?

    En vingt-sept propositions, Malek Chebel répond à ces interrogations sans masquer les contradictions de l’islam ni éluder les questions difficiles : il se fait le théoricien d’un « autre islam », un islam en prise sur le réel.

    Il vient de faire paraître L’islam, passion française : une anthologie, qui permet de mieux comprendre la perception que les occidentaux ont de cette religion. L’ouvrage est ainsi présenté par l’éditeur :

    La perception que nous avons de la troisième religion monothéiste est fort ancienne. En témoignent les nombreux auteurs classiques intéressés par la religion du Prophète, qui a toujours suscité des réactions passionnées, de l’enthousiasme à la méfiance. Cette anthologie se veut le reflet d’une préoccupation qui a traversé les siècles et qui s’est exprimée de multiples manières. Il y est question de foi, de Mahomet, de mosquées, de ramadan, de rites, d’Orient… Nombre de hauts lieux y sont décrits Djeddah, La Mecque, Jérusalem, Al-Azhar, Cordoue… De Pascal, Montesquieu et Voltaire aux islamologues du XXe siècle, Massignon ou Rodinson, en passant par les écrivains voyageurs du XIXe siècle, ce regard français offre le recul nécessaire pour mieux comprendre le monde qui vient.

    L’érotique propre à la culture arabe

    L’autre partie de l’Å“uvre, savante, lève aussi le voile sur la culture propre à l’islam, sous l’aspect de la vie érotique, des rapports entre les sexes, des arts et autres raffinements de la culture orientale qui ont fasciné l’Occident depuis la découverte de l’Orient.

    C’est toute la partie de son Å“uvre, où se retrouvent le psychanalyste et l’anthropologue associés pour pénétrer les mÅ“urs, l’imaginaire et l’érotique, à travers l’histoire de l’islam et du monde musulman, soit tous ces livres qui parlent de l’amour et du désir en islam, pour en faire apparaître la singularité, la richesse, le raffinement et les rappeler, voire les faire renaître, tout en les analysant.

    En 2004, Malek Chebel a publié son Dictionnaire amoureux de l’islam, où il aborde l’ensemble des questions qui ont trait à l’islam, en matière de droit et de mariage, mais aussi d’érotique : le réformisme musulman, la répudiation des femmes, le voile ou la sexualité. Cette exploration des arcanes de l’amour est aussi un livre d’histoire qui expose les raffinements de la culture orientale.

    Dans Psychanalyse des Mille et Une Nuits Malek Chebel montre qu’il a fallu aux femmes réinventer le monde à leur mesure pour le maîtriser : cloîtrées dans leur harem, en proie à l’ennui et à l’intransigeance du sérail, elles racontent des histoires dont elles sont les acteurs principaux. Sous leur inspiration, Les Mille et Une Nuits deviennent une initiation aux mystères de la chair. Malek Chebel décrypte cette Å“uvre magnifique et célèbre : comment la femme, Shéhérazade, a dû réinventer le monde pour maîtriser la mort.

    Du désir montre que parler du désir, c’est parler d’autrui. Quant à L’esprit de sérail, Mythes et pratiques sexuels au Maghreb étudie toutes sortes de thèmes liés à la sexualité : tabou de la virginité, obsession de la virilité, androgynie, et aussi le langage obscène, les homosexualités, voile, yous-yous, circoncision… À partir de ces figures emblématiques, Malek Chebel montre comment fonctionne au Maghreb l’« esprit de sérail », concept qu’il a forgé pour mieux saisir l’emprise redoutable de la loi du Père sur l’esprit et le corps de chacun – homme ou femme.

    L’Encyclopédie de l’amour en Islam rappelle ce qu’il en fut de l’amour et de la sensualité aux origines de l’islam : « On m’a fait aimer en ce bas-monde trois choses : les parfums, les femmes et la prière, qui reste la plus importante à mes yeux », affirmait Mahomet. C’est dire que l’on peut être un musulman fidèle, respectueux du texte sacré, sans être ennemi de la jouissance charnelle, affirme Malek Chebel. Dans ce travail, fruit d’une dizaine d’années de recherches, Malek Chebel a parcouru l’univers amoureux des pays musulmans. Il propose avec cette étude, comme une entrée dans la langue amoureuse, les mÅ“urs, des techniques érotiques, mais aussi la médecine, la jurisprudence, l’esthétique, la psychologie et la mystique de cette civilisation qui a connu dans son histoire, et connaît encore, la vie d’un imaginaire amoureux raffiné et d’une grande richesse.

    Il publie « Le Kama-sutra arabe » (Pauvert), qui exhume de la clandestinité, les grands textes de l’érotisme arabe qu’il présente ainsi : « l’islam aime la chair, l’amour et les femmes ».

    « Les fondamentalistes tiennent pour impure toute intention charnelle, et même tout clin d’Å“il. Mais cet islam procède d’une haine de la chair. Il condamne le corps et la nudité, et excommunie la femme au seul prétexte qu’elle est une femme. La religion de Mahomet n’a pas toujours été synonyme de frustration et de culpabilité. Par le passé, un grand raffinement a accompagné son développement, notamment en Mésopotamie, en Andalousie, au Maghreb et en Syrie. Rappelons-nous les divans recouverts de roses et les lits coquins dont parlent « Les mille et une nuits ». Mais la psychanalyse a prouvé que ce que l’on refoule le plus est cela même qui rejaillit avec une force sauvage.

    Tous ceux qui veulent dresser les jeunes filles selon leur vision rétrograde agissent non pas comme des musulmans, mais comme des misogynes et des machos » 1

    Source: Wikipédia